Le sexe et le genre en éducation

Dans Le Monde du 27 mai 2016 un article a attiré mon attention : “Les “anti-genre“ repartent à l'offensive dans les écoles“. Un collectif a été créé par les opposants à la “théorie du genre“ ou au “concept du genre“ : VigiGender. On peut visiter leur site à http://www.vigi-gender.fr/.

Quel est le but de ce collectif ? Dénoncer ce qu'ils appellent le “gender“, une théorie qui d'après eux nie toute différence entre filles et garçons et refuse le droit aux garçons d'être vraiment des garçons et aux filles d'être vraiment des filles.

Est-ce bien là ce qui est derrière l'approche du genre en éducation ?

Les notions de sexe et de genre

Pour répondre à cette question il faut d’abord éclaircir les notions de sexe et de genre. Voici ce qu’en dit l’Organisation Mondiale de la santé. 

Il est parfois difficile de comprendre exactement ce que l'on entend par le terme "genre" et comment ce terme se différencie de celui de "sexe" qui lui est étroitement lié.

Le mot "sexe" se réfère davantage aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les hommes des femmes.

Le mot "genre" sert à évoquer les rôles qui sont déterminés socialement, les comportements, les activités et les attributs qu'une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes.

En d'autres termes :

"Les hommes" et les "femmes" sont deux catégories de sexes, tandis que des concepts "masculins" et "féminins" correspondent à des catégories de "genre".

Les aspects de sexe ne changent pas beaucoup d'une société humaine à une autre, tandis que les aspects de "genre" varient beaucoup.

Voici quelques exemples de ces caractéristiques sexuelles :

  • Les femmes peuvent avoir leurs menstruations, et tel n'est pas le cas pour les hommes.
  • Les hommes ont des testicules et les femmes n'ont en pas.
  • Les femmes développent des seins et peuvent normalement allaiter.
  • D'une façon générale, les hommes ont de plus gros os que les femmes.

Voici quelques exemples de caractéristiques de "genre" :

  • Aux Etats-Unis (et dans la plupart des autres pays), les femmes gagnent sensiblement moins que les hommes pour un travail similaire
  • Au Vietnam, beaucoup plus d'hommes que de femmes fument, l'habitude de fumer n'étant traditionnellement pas considérée comme convenable pour les femmes
  • En Arabie Saoudite, les hommes ont le droit de conduire une automobile et les femmes ne l'ont pas
  • Presque partout dans le monde, les femmes font plus de travaux ménagers que les hommes.

L’approche du genre ne nie pas qu’il existe des différences biologiques entre hommes et femmes. Elle met en cause le fait de s’appuyer sur ces différences biologiques (le sexe) pour valider l’inégalité des rôles sociaux féminins et masculins (le genre). 

Les différences en termes d'inégalité

Le problème, c’est que notre cerveau interprète toute différence en termes hiérarchiques, en termes d’inégalité. Or le contraire de “différent“ n’est pas “égal“ mais “similaire“. Autrement dit, deux personnes peuvent être différentes tout en étant égales. 

De multiples études scientifiques ont montré qu’à part la différence génitale, il n’existent pas de différence significative entre hommes et femmes sur le plan de la structure du cerveau, des performances motrices, des motivations, des capacités cognitives, des modes de comportement, etc. Autrement dit, les différences entre individus (qu’ils soient hommes ou femmes) sont plus grandes que les différences entre hommes et femmes, excepté les différences génitales.

On ne peut donc se fonder sur la différence biologique pour valider un statut d’inégalité entre hommes et femmes. Une femme a autant de capacités qu’un homme pour piloter une voiture ou un avion, diriger une compagnie, un ordre religieux, un Etat, conduire une armée, jouer au football, faire la cuisine, composer de la musique, écrire des livres, éduquer des enfants, faire de la recherche scientifique, etc. L'inégalité apparente qui existe à ce niveau provient des influences culturelles et sociales.

L’Eglise Catholique refusent que les femmes aient accès au rôle de prêtre. Est-ce lié à une incapacité quelconque des femmes ? Non, car dans d’autres religions, elles tiennent ce rôle sans difficulté. Il s’agit simplement d’une norme culturelle, sociale.

Jusqu’en 1945, les femmes n’avaient pas le droit de vote en France. On expliquait cela par une différence de nature entre hommes et femmes. Autrement dit, on fondait une inégalité de statut social entre l’homme et la femme sur une prétendue différence naturelle, biologique. La suite a prouvé l’inanité de cette position. Voilà à quoi s’attaque l’approche du genre en faisant la distinction entre différence biologique et attributs/droits/rôles qu'une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes.

Différentes façons de vivre notre féminité ou notre masculinité

Ajoutons que chacun de nous a une façon spécifique de vivre sa masculinité ou sa féminité. Je suis de sexe masculin, mais cela ne veut pas dire que je suis obligé d’affirmer ma masculinité en écoutant de la musique “Heavy Metal“, en conduisant une grosse moto, en buvant de la bière et en proférant des insanités. Ma personnalité peut me conduire à préférer écouter de la musique classique, écrire des poèmes et faire de la philosophie ; je n’en serais pas moins homme. Je suis de sexe féminin, mais cela ne veut pas dire que je suis obligé de porter des talons hauts, des robes moulantes, un maquillage sophistiqué en rêvant au “prince charmant“ que je vais bientôt épouser ; je peux préférer porter des jeans, un blouson de cuir et devenir grand reporter. 

Voilà ce que dit encore l’approche du genre : il n’existe pas un seul modèle de vivre notre masculinité ou notre féminité qui serait prédéterminé  par notre sexe biologique. Le genre, c’est à dire notre façon particulière d’être un homme est une femme, est influencé par les normes sociales, mais nous pouvons nous en libérer pour être vraiment nous-même et choisir notre façon particulière de nous épanouir.

Une approche d'émancipation et de libération

Distinguer le genre du sexe est donc une approche d’émancipation et de libération ; refuser cette distinction, affirmer que les différences de rôle et de statut social entre hommes et femmes sont fondées sur des différences naturelles, biologiques, c’est enfermer les individus dans des carcans sociaux, et dans l’inégalité. C'est donner foi à tous les préjugés sexistes.

L’utilisation de l’approche du genre à l’école vise à aider les enfants à se libérer des préjugés sexuels, à se découvrir à la fois différents et égaux, dignes de respect et libres d’épanouir toutes les potentialités qu’ils portent en eux.

 

Dominique Bénard


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