L'exemple finlandais, un modèle ?

Transmettre des connaissances ou apprendre à apprendre ?

En France, il faut reconnaître que beaucoup d’enseignants n’ont pas l'expertise pédagogique ni les moyens matériels pour exercer valablement leur métier.

Ils ont acquis une excellente connaissance de leur discipline avec l’idée que leur rôle était de transmettre les connaissances qu’ils avaient acquises. Mais le rôle des enseignants est moins de transmettre des connaissances que d’apprendre à apprendre. Cela exige des connaissances précises et pratiques pour être capable d’observer les élèves, d’identifier les blocages psychologiques ou intellectuels qui les empêchent de réfléchir et d’apprendre correctement, d’organiser le groupe-classe, d’instituer des règles claires et des processus d’évaluation et de décision collectives renforçant l’autodiscipline, d’utiliser le travail en équipe et la coopération pour favoriser l’apprentissage individuel, de renforcer la motivation à apprendre en utilisant des approches interdisciplinaires.  

Les réticences, auxquelles se heurte la réforme du collège, qui doit entrer en vigueur à la prochaine rentrée scolaire, proviennent en grande partie d’un déficit de formation pédagogique des enseignants. Il est nécessaire de renforcer la formation initiale et continue des enseignants, non pas en leur donnant des cours de pédagogie générale mais en leur permettant de découvrir et de pratiquer concrètement les pédagogies coopératives comme celles qui sont décrites dans l’excellent livre de Sylvain Connac “Apprendre avec les pédagogies coopératives, démarches et outils pour l’école“.

Au centre du système scolaire : l'élève ou les savoirs ?

Le débat fait toujours rage sur la fameuse question :  que faut-il mettre au centre du système scolaire, l’élève ou les savoirs ? Pourtant la question a depuis longtemps été tranchée par les sciences de l’éducation mais les conservatismes et les corporatismes de tout poil continuent à s’opposer à toute réforme en en dénonçant le prétendu “pédagogisme“ et en préconisant le maintien des vieilles formules : la discipline imposée, l’apprentissage par la mémorisation, la sélection précoce, etc.

L'exemple finlandais

Au programme PISA d’évaluation des systèmes d’enseignement, la Finlande (malgré une baisse entre 2009 et 2012) obtient des résultats bien supérieurs à la France qui régresse d’année en année et se distingue entre tous les pays de l’OCDE par une aggravation des inégalités sociales et un taux d’anxiété très fort chez les élèves. N’est-ce pas parce que la Finlande a fait des choix clairs depuis plus de 3O ans.

Paul Robert, Principal du collège Nelson Mandela de Clarensac (Gard) a fait en 2006 un voyage d'étude pour analyser le système scolaire finlandais. Il en a tiré des conclusions très intéressantes qu'il livre dans un rapport détaillé que l'on peut trouver sur la toile à l'adresse suivante : http://www.meirieu.com/ECHANGES/robertfinlande.pdf.

Nous en donnons ici des extraits :

  • Un environnement scolaire chaleureux et accueillant : La taille modeste des établissements finlandais (300 à 400 élèves pour un collège; 400 à 500 pour un lycée) crée une atmosphère de proximité et permet au principal ou au proviseur de connaître personnellement tous ses élèves. L’environnement scolaire est chaleureux et accueillant, chaque élève doit se sentir à l’école “comme chez lui“. Les professeurs sont accessibles, disponibles, attentifs. 
  • Des rythmes d’apprentissage adaptés aux enfants : ce n’est qu’à partir de 7 ans que les enfants commencent normalement à apprendre à lire. Auparavant le jardin d’enfant (1 à 6 ans) et l’éducation préscolaire (6 à 7 ans) cherchent avant tout à éveiller les aptitudes des enfants, leur curiosité, leur habileté. Des groupes de soutien sont systématiquement organisés pour les élèves qui éprouvent des difficultés dans telle ou telle matière, et un assistant est dépêché dans la classe pour les épauler.
  • Une détection précoce des handicaps et des troubles de l’apprentissage et des aides ciblées - Afin de pouvoir s’adapter au mieux aux besoins de chaque enfant, les finlandais ont mis en place une détection précoce et systématique des troubles de l’apprentissage et des handicaps divers. Dès le jardin d’enfant, les élèves passent des séries de tests. Les plus handicapés iront dès le début de l’école primaire vers des classes spécialisées où ils seront pris en charge à raison de 5 élèves par classe par des professeurs formés à cette fin. Les classes pour enfants “à besoin spéciaux“ sont implantées dans des écoles classiques, ce qui permet d’intégrer ces élèves dans des cours “normaux“ dans les disciplines où cela est possible (travaux manuels, musique, sport... )
  • Un taux d’encadrement élevé : durant les premières années de l’école obligatoire (“basic education“ de 7 à 13 ans), les effectifs ne doivent pas dépasser 25 élèves par classe. Au lycée, les groupes sont constitués en fonction des inscriptions des élèves : les tailles sont donc très variables mais il n’est pas rare de voir des groupes de TP de 6 ou 7 élèves. Enfin dès l’école primaire et encore au collège, des assistants d’éducation viennent apporter leur concours au professeur dans sa classe-même où il peut prendre en charge des groupes restreints d’élèves ayant besoin d’une aide particulière. 
  • Des élèves actifs et impliqués : peu de cours magistraux. Le professeur est là comme une ressource parmi d’autres; en classe de finlandais les murs sont couverts de livres; il n’y a pas une salle qui n’ait son rétroprojecteur, son ordinateur, son vidéo projecteur, sa TV et son lecteur de DVD. Tous les moyens pour mettre les élèves en contact avec les connaissances sont bons et l’élève est constamment sollicité pour construire du sens à sa mesure à partir de tout cela.
  • Une liberté de choix encadrée : Un des traits les plus connus du système finlandais est la grande liberté de choix laissée aux élèves pour organiser leur cursus.
  • Une évaluation motivante : Au cours de l’équivalent de toute notre scolarité primaire les élèves ne subissent qu’une seule évaluation. L’acquisition des savoir fondamentaux peut ainsi se faire sans le stress des notes et des contrôles et sans la stigmatisation des élèves plus lents. Après 13 ans, le même rythme d’évaluation est conservé au collège avec des notes chiffrées pouvant aller de 4 à 10. Cette échelle de notes est symptomatique de la volonté de valoriser l’élève: il sait ou ne sait pas ; s’il ne sait pas il obtient 4, note qui implique de devoir recommencer l’apprentissage non accompli. On a proscrit le 0 infamant et les notes très basses : quel intérêt de construire une échelle de l’ignorance? En revanche on peut distinguer des niveaux de perfectibilité: une connaissance a pu être acquise sans être poussée à sa perfection: c’est ce que signifient les notes entre 5 et 9. La pratique de l’évaluation semble donc guidée en Finlande par le souci de ne pénaliser personne et de toujours laisser sa chance à l’élève, en valorisant plutôt ce qui est su que ce qui n’est pas su. “Ce qui est important, c’est que les élèves aient le sentiment d’être bons dans quelque chose.“ (M. Hannu Naumanen, principal du collège Pielisjoki).
  • Une profession valorisée La profession d’enseignant jouit encore en Finlande d’un réel prestige dans la société. Cela ne tient pas tant à la rémunération – qui se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE – qu’à l’importance qu’attache le pays à son éducation et au sentiment largement partagé que les enseignants sont des experts dans leur domaine et qu’ils se consacrent avec tout leur cœur à leur tâche.
  • Un recrutement exigeant : Le recrutement des enseignants contribue de toute façon à sélectionner dès le début des études les candidats non seulement sur des compétences disciplinaires et théoriques mais aussi sur l’idée qu’ils se font de leur métier et sur leur conception et leur connaissance de l’enfant. 
  • Une formation initiale poussée - Tous les professeurs doivent être titulaires d’un master : master de sciences de l’éducation pour les “class teachers“ (correspondants à nos professeurs d'école), master obtenu dans leur discipline pour les “subject teachers“ (professeurs spécialisés dans une discipline) qui sera complété par des études de pédagogie.
  • Une liberté pédagogique totale - Une fois passé le cap de la formation et du recrutement, les professeurs jouissent d’une liberté pédagogique totale et d’une grande marge d’autonomie et d’initiative et c’est assurément là une composante essentielle de leur motivation.
  • Des conditions matérielles optimales - Les professeurs finlandais jouissent de conditions de travail matérielles particulièrement favorables... Les classes sont spacieuses et équipées de tout le matériel le plus moderne. Dans le lycée d’application de l’université de Joensuu, toutes les salles possèdent un vrai petit poste de commandement pour le professeur qui lui permet de passer aisément et en toute liberté d’un média à un autre. Chaque département bénéficie également d’une salle de travail avec bibliothèque spécialisée. Les professeurs y ont chacun leur bureau.
  • Des professeurs experts associés à l’Université - Après leurs études les professeurs gardent un contact étroit avec l’université. Leur niveau de formation et leur expertise en pédagogie en fait de droit des membres associés. Ils participent à la formation de leurs collègues en les accueillant dans leurs classes et peuvent intervenir dans des sessions de cours à la faculté. Ils sont également régulièrement consultés sur le contenu des programmes auxquels ils peuvent apporter localement les aménagements qui leurs semblent pertinents, en accord avec leur chef d’établissement et avec les responsables locaux de l’éducation.
  • Une formation continue ciblée Très soucieux d’être en phase avec les évolutions de la société et de leur métier, les enseignants participent régulièrement à des actions de formation continue. Les chefs d’établissement peuvent les inciter à le faire sur tel ou tel point quand le besoin s’en fait sentir; cela ne se fait pas sur le mode de la contrainte mais au contraire par la négociation et le dialogue.

Comment expliquer, s'interroge Paul Robert, ces taux d’encadrement et ces conditions de travail extrêmement favorables ? D’après les statistiques disponibles la dépense globale d’éducation de la Finlande est à peu près comparable à celle de la France (autour de 7% du PIB), mais l’absence de corps d’inspection et le poids beaucoup moins lourd de l’administration centrale en raison d’une décentralisation poussée permettent, semble-t-il, d'allouer des moyens beaucoup plus importants au travail direct des enseignants.

 

Dominique Bénard


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