Le corps de l'enfant

Depuis la mort d'un adolescent, en 1995, vendu par son père pour couvrir ses dettes, le 16 avril est consacré à la lutte contre l'exploitation des enfants, soumis au pouvoir absolu des "grands". L'infans c'est celui qui ne parle pas, autant dire qui n'existe presque pas, tout juste en silhouette, un corps d'ectoplasme qui ne compte pas vraiment… J'exagère ? Si peu ! Aujourd'hui, on estime à 250 millions les enfants "non déclarés", sans état civil, écartés de leurs droits. Certes tous ne sont pas maltraités, mais combien de corps d'enfants sont exploités sans arrêt, comme s'ils n'étaient pas complètement humains. 

Disparus 

Plus de 10.000 enfants migrants non accompagnés ont disparu en Europe sur les 18 à 24 derniers mois, a affirmé l'agence de coordination policière Europol, déclarait la presse européenne au mois de janvier. Une brève, un entrefilet, quelques annonces et puis passons aux choses sérieuses ! Avez-vous entendu des hurlements publics ? Savez-vous si les policiers européens sont en quête ? Sans doute, sans doute, mais ils disparaissent comme un rien, ces petits fantômes. Et puis l'exil les rend malins ! Pour avoir refusé d'être enfants de troupe, les voilà enfants perdus ! La police craint qu'ils ne soient pas perdus pour tout le monde.  

Abusés 

C'est qu'ils sont pleins de charme, ces corps d'enfants, leur peau est douce, leur regard innocent, leur esprit ductile. Nous oublions facilement et souvent que les enfants ont un sexe et une sexualité, laissés au secret du silence, tabou mystérieux. Alors, il leur faut vite apprendre ce qu'on attend d'eux, mutilant pour longtemps leur équilibre et leur sexualité adulte. 

Au Nigeria, c'est tout une école de filles qui a été enlevée, pour leur douleur, pour leur malheur de leurs parents, pour le plaisir de tortionnaires. Non seulement elles étaient encore des enfants, mais, en plus, des filles qui allaient à l'école, alors… 

Exploités 

Aujourd’hui, près de 250 millions d’enfants travaillent dans le monde, dont plus de 150 millions dans des conditions dangereuses estiment les ONG qui s'attachent à faire reculer ce fléau honteux. Nous avons dans l'esprit l'image d'enfants dans les mines, sur les décharges d'ordures, ou pire encore, mais n'oublions pas toutes les fillettes exploitées comme ouvrières à la tache ou domestiques infatigables. Main d'œuvre à deux sous, encore ni des hommes ni des femmes, juste des enfants, mais déjà des esclaves au corps et à l'intelligence diablement efficaces. 

Explosés 

Et puis voilà les enfants fantassins, fantoches drogués et violentés, dressés à tuer. Il faudra une longue et difficile rééducation pour qu'ils puissent reprendre le cours de leur vie… Et voilà aussi ceux qu'on habille d'explosifs pour qu'ils aillent se faire sauter dans les marchés où sont les mères et les grand mères. Selon l’ONU, il reste à ce jour dans le monde environ 250 mille enfants encore impliqués de manière directe ou indirecte dans des conflits armés…

Battus 

Ne regardons pas ailleurs, les enfants battus sont aussi nos voisins, quelquefois même nos enfants, et nous ricanons facilement quand des militants luttent pour l'interdiction de TOUT châtiment corporel. Allons, une tape, ça n'a jamais fait de mal à personne ! Si ! À l'enfant et à celui qui frappe. Le corps de l'enfant, être humain à part entière, doué de raison et apte au dialogue, est inviolable comme tout corps humain. 

Ces infans, aux visages floutés par les médias, pathétiques à faire larmoyer le monde, prompts encore à jouer, donnons leur la parole, pour qu'ils sortent de l'invisible enfance. Institutions, organismes, mouvements, luttent partout contre ce fléau du mépris du corps des enfants, mais le combat reste urgent, immense, pour ne pas pourrir l'avenir. 

 

Michel Seyrat.


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