DEBOUT ! ou les nouveaux agonyclites...

Au VIIème siècle, en réaction contre des consignes de prière tatillonnes, des chrétiens avaient adopté le principe de ne jamais prier à genoux mais debout ! On les appela agonyclites : "a" négatif, "gonou" – genou et "klino" – j'incline. Ne jamais plier le genou est une jolie maxime ! Utile et à la mode ! 

Voilà un bon moment que les damnés de la Terre sont invités internationalement à être debout, le poing levé. Voilà moins longtemps, mais quelques décennies tout de même, que nous avons chanté Debout les gars, réveillez-vous… avec ce cher Hugues Auffray. C'est que la station debout est la forme même de l'humaine condition, comme le serinait "l'homme de Cro-Magnon" dressé sur ses pattes de derrière ! Nous sommes donc en harmonie avec tous les nouveaux agonyclites…

La nuit debout

A Paris, place de la République, ils sont quelques centaines à passer la nuit debout. Peu à peu, d'autres se regroupent sur des places de villes de province, à la nuit tombée. Pour qu'existe et avance la République, on n'a jamais trop de citoyens debout. N'attendons rien des génuflexions devant les veaux d'or : fortunes accaparatrices, potentats dédaigneux, tortionnaires sadiques, hypocrites mielleux, discoureurs incontinents… 

Réunis, debout, en cercle, se parlant les yeux dans les yeux, regardant le monde tel qu'il est et les humains qui l'habitent, ces citoyens debout espèrent esquisser, dessiner, diffuser les contours d'une République pour aujourd'hui et non pour avant-hier. Nul ne sait l'avenir de ce "mouvement", sera-t-il durable ? évacué par l'ordre établi ? récupéré par les uns, instrumentalisé par les autres ? Pour l'instant, des citoyens debout, c'est toujours une bonne nouvelle : "C'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à  la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents" proclamait Georges Bernanos. Et des coups de froid, il y en a bien trop dans le monde ! 

La classe debout 

Un mouvement pédagogique se répand dans de nombreux pays : avoir des classes debout, les élèves vont et viennent selon les apprentissages, s'unissent pour une recherche, écrivent sur des écritoires en hauteur (comme Balzac ou Victor Hugo, s'il vous plaît), de temps en temps ils se regroupent autour de l'enseignant, il y a des sièges pour lire, etc. Pas de bureaux statiques, de places établies, de somnolence après la cantine, on va, on vient, on cherche, on questionne, on trouve, on note, on apprend… 

Et, en plus, on évite l'obésité envahissante, on prévient les maladies cardio vasculaires de la quarantaine, on communique avec ses pairs pour développer son bien être, on s'endort plus tôt et plus profondément ! Les classes qui se sont mises debout en sont enchantées et la directrice d'une école qui en a déjà deux s'exclamait : "vivement que j'ai les crédits pour transformer les autres classes !" On le voit bien, si ce sont les pédiatres qui ont initié cette transformation, pour que les enfants bougent, c'est une profonde transformation éducative qui s'ensuit. L'apprentissage, de passif devient actif, de compétitif il devient collaboratif, l'enseignant aide à apprendre par soi-même, etc. 

Un beau prolongement au mouvement, de même inspiration, appelé parfois "pédi-bus", qui consiste à organiser dans les villes et villages un "ramassage scolaire" à pied, par groupes de même quartier. Est-ce qu'on peut rêver en sortant de l'école, comme écrivait Prévert, si on passe d'un couloir à l'arrière de l'auto d'une maman pressée, et ainsi de suite ? Heureux les enfants debout et en marche, ils voient le ciel et les nuages ! 

Finalement, au VII° siècle, j'aurais sûrement été un hérétique agonyclite, les lecteurs qui me connaissent n'en seront pas étonnés ! 

 

Michel Seyrat 


Écrire commentaire

Commentaires: 1
  • #1

    Dovie Hansel (dimanche, 05 février 2017 00:34)


    Hi! Do you know if they make any plugins to safeguard against hackers? I'm kinda paranoid about losing everything I've worked hard on. Any suggestions?