La quadrature de la formation démocratique

Pour qu'une démarche de formation (ou d'éducation) comporte moins de formatage, peu de manipulation et soit la plus démocratique possible, il faut que les quatre éléments qui la composent soient bien identifiés, reliés et révélés aux "apprenants". 

 

I - Le public. 

 

Si la démarche ne s'appuie pas sur une bonne connaissance de ceux et celles qui sont en formation, elle perd beaucoup en efficacité. Connaître pour comprendre (prendre ensemble) chaque individu et le groupe. Voyons quatre cas, mais cela est vrai généralement. 

 

Cas de la famille : le nombre d'enfants, les écarts d'âges, les différences de réaction de chaque enfant, les réactions du collectif "enfants" par rapport au "groupe parents" (couple, mère ou père seul, grands parents, etc.), les relations entre enfants… L'éducation "démocratique" s'adapte à chaque enfant par efficacité et par respect de chacun.  

Cas de la classe : chaque classe est différente, comme chaque élève, les origines sociales, le quartier, influent sur les élèves, la dynamique de groupe crée des hiérarchies, des rôles, des réseaux, etc. Enseigner sans tenir compte de ces données ressemble un peu à prêcher dans le désert ! 

Cas d'un stage : homogénéité ou hétérogénéité du groupe, différences d'âges, niveau de formation préalable de chaque stagiaire, motivations de chacun, des antécédents à connaître (par exemple un stage d'expression écrite pour adultes risque d'avoir des dyslexiques ou dysorthographiques non dépistés et non traités depuis l'enfance, si on ne les détecte pas, ce sera le stage "tonneau des Danaïdes…). 

Cas d'un groupe d'enfant dans un mouvement éducatif (le Scoutisme par exemple) : outre que c'est un élément clé  de l'éducation populaire (et du schéma scout conçu par Baden-Powell : "ask the boy"), le groupe est par excellence le lieu où chaque enfant est connu, reconnu, aimé pour lui-même, car c'est la clé du jeu de relations fraternelles, d'une auto-éducation réussie et du statut particulier de l'éducateur ("frère aîné").  

 

II - Le commanditaire 

 

Toute démarche d'éducation ou de formation a un promoteur, un commanditaire, un financeur, peu importe le mot. 

 

Dans la famille, les parents ont leurs exigences, très variables selon les familles, qui orientent leur comportement éducatif et formateur. Il est important que les parents clarifient leurs motivations et les explicitent auprès des enfants, sinon tout geste éducatif paraîtra arbitraire ou contraignant sans raison. 

 

Dans la classe, l'enseignant agit selon les directives et les programmes de l'institution qui l'emploie et qui crée les conditions de l'enseignement. Il est efficace et démocratique d'expliciter cela auprès des élèves, en fonction de leur âge, non pour se défausser sur l'institution, mais pour révéler aux élèves ce que "l'on" attend d'eux, les critères de réussite, les attentes des jurys qui valideront les connaissances, etc. Un système d'enseignement a à certifier qu'un niveau de connaissances et de savoir faire a été acquis, et l'élève doit faire siens ces objectifs pour les atteindre. 

 

Lors d'un stage, le commanditaire est particulièrement important à révéler pour justifier la démarche de formation engagée et la nature de ce commanditaire influe sur l'attitude des stagiaires (exemple bête : un stage de conduite économique des chauffeurs d'une entreprise dont le patron arrive tous les jours en Ferrari !).  

 

Beaucoup de stages perdent du temps et de l'efficacité parce qu'on n'a pas explicité, clarifié, débattu "qui paie ?" et révélé les exigences du commanditaire : quels progrès ? quels changements ? quelles compétences ? Pourquoi cet "investissement" ?   

Dans un groupe de jeunes, les "valeurs", comme on dit, du mouvement, sont clairement exprimées et discutées. "Chez les scouts, on fait comme ça, pour vivre ensemble, se débrouiller, jouer, grandir…" C'est le rôle descriptif et positif de "loi et promesse", des signes d'appartenance, des rites… 

 

III - Le contenu 

 

Le petit d'homme naît en sachant peu de choses, il a beaucoup à apprendre et apprend toute sa vie. Formation et éducation visent des objectifs limités dans ce grand tout, et différenciés selon les lieux, les moments, la culture du groupe d'apprentissage. Mais reste que de toute façon, il y a quelque chose à transmettre et qu'on ne peut évaluer une formation qu'à ses résultats sur les formés. "Si l'élève n'a rien appris, le maître n'a rien enseigné" dit le proverbe, à quoi Baden-Powell répond : Le secret pour réussir en éducation, ce n'est pas tant d'enseigner, que de mettre l’élève en situation d'apprendre par lui-même.  

 

Pour autant aucun contenu n'est totalement neutre. Non seulement par rapport à ses enfants, ou aux programmes scolaires, mais aussi dans les choix des formations d'adultes, fortement conditionnés par le marché du travail, les besoins de l'entreprise, etc. Tous les éducateurs, parents, enseignants, formateurs, se doivent de clarifier ce qui sous-tend les contenus.

 

Dans les mouvements de jeunesse, par exemple le Scoutisme, certains contenus sont incontournables, intrinsèques, comme les comportements positifs indiqués par la Loi, le sens du service, le système des patrouilles et conseils, etc, d'autres sont contingents, comme certaines techniques, tenues, cérémonials, etc.    

 

IV - La méthodologie 

 

Les lieux, conditions, méthodes, procédures, toutes choses qui font l'enveloppe d'un moment de formation subissent souvent deux erreurs contraires : le trop ou le pas assez ! Un acte de formation demande "le juste milieu". Par exemple : un lieu trop luxueux écrase, puis endort dans le confort, un lieu trop spartiate et sommaire dévalorise la formation et les formés ("si c'est comme ça qu'on est reçu, c'est qu'on ne compte guère") et gène la transmission par l'inconfort.

 

Comment le lieu est-il "décoré" en fonction du stage et des stagiaires, pour montrer combien on s'intéresse au bien être des participants ? Exemple scout : Baden-Powell voulait des formations dans la nature (britannique !), les premiers gestes d'un stage étaient donc la confection d'un "sous-cul" imperméable et d'un tabouret en trépieds ; tout humain perd de l'attention quand ses fesses sont mouillées ! Ce genre de geste est transposable pour lancer une formation sur un pied d'égalité. 

 

En famille, trop de présence parentale sécurise peut-être, mais aussi inhibe, immobilise, mais pas assez de présence des parents déstabilise et donne une impression d'abandon. 

 

Par ailleurs, un temps de formation qui sur-utilise des tas de "méthodes d'apprentissage", issues souvent de modes passagères, fait tournebouler les formés, entre temps de groupe, jeux de rôles, tables rondes, etc… La disposition des lieux, on le sait, induit aussi des types de relations différentes, de la "salle de cours" à la table ovale… Quand est-on mieux debout ? ou assis ? avec ou sans table devant soi? etc… 

 

Juste milieu aussi dans les rythmes, l'alternance des formes d'apprentissage, les temps passifs et ceux actifs, les temps morts aussi, pour digérer… 

La bonne méthodologie s'adapte aux formés et au contenu, le "copié/collé" est peu efficace. 

 

Quelques principes "démocratisent" la formation.  Former (éduquer) est un service et non un pouvoir.  Pour mieux former, il faut se rappeler (comment on s'est - ou a été - formé).  Une bonne part de "la fin" est dans le commencement : 

 

  • la première journée fait souvent réussir le stage ; 
  • le premier accueil intègre au groupe ; 
  • les premières heures de cours orientent l'année scolaire ;  "Tout est joué avant six ans" proclamait le Dr Dodson !  Mais aussi : "Nathanaël, quand tu auras fermé mon livre, oublie-le" dit André Gide !

 

Michel Seyrat


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