Elever les enfants

Encadrer sans enfermer

 

Nos enfants, comme nous, progressent en agissant, en vivant des expériences diverses dans différents milieux, plus on varie les activités dans des cadres différents, mieux se développent nos multiples aptitudes physiques et mentales, souvent sous exploitées. Toutefois nos attitudes de parents, d'éducateurs, de moniteurs, influent aussi beaucoup sur l'efficacité de ce couple milieu+activité, selon que nous serons plus ou moins directifs ou laissant faire. 

 

Tout en main 

 

Quand l'enfant vit dans un milieu très encadré, où l'adulte est autoritaire et directif sur les conditions et la nature d'une activité où tout est cadré, on le surprotège, et en même temps on le paralyse en ne lui laissant aucune initiative. L'enfant est alors très peu impliqué, s'il est docile, il fait sans entrain, s'il est rétif, il se détourne ou se révolte. Dans ce cas, l'enfant progresse peu, reste passif, pense à autre chose, attend "que ça passe", ne s'autonomise pas et développe peu de relations avec les autres. S'il est scrupuleux, il deviendra angoissé.

 

Laisser-faire 

 

À l'inverse, si l'enfant vit dans un milieu sans contrainte, dans un cadre sans règle et que les adultes laissent faire (quelquefois avec de bonnes intentions pseudo libératrices), ses activités, ses expériences, ses apprentissages tournent souvent court. Il n'est stimulé que par lui-même ; sans règle, le jeu est pauvre, et comme l'enfant doit tout décider par lui-même, il se perd, pense à fuir et à abandonner… les apprentissages restent superficiels et cette situation sans barrière peut devenir anxiogène.  

 

Manipuler 

 

Une autre attitude qui nous tente parfois et qui est assez peu libératrice, consiste à ne pas influer sur le lieu, le milieu, les règles, soit par laisser-faire, soit par impuissance : "c'est le quartier" ou bien "il faut apprendre la liberté". Dès lors, l'adulte ne donne ni règles, ni cadre précis mais, en revanche, il pense jouer son rôle en proposant, voire imposant, des activités. "Débrouillez-vous, mais telle ou telle chose devra être faite à telle heure". Dans ce cas, les apprentissages sont souvent pauvres car l'enfant, ou le groupe d'enfants, doit s'organiser, trouver les moyens, gérer les conflits, etc., autant de tensions déforment et appauvrissent l'activité. 

 

Accompagner

 

La pédagogie (accompagner l'enfant) combine le cadre et les activités différemment. L'adulte met en place un cadre de sécurité, propose des valeurs de vie, donne des conseils précis qui aident à réussir, à mieux vivre ensemble. Mais il laisse l'enfant, ou le groupe, choisir ses activités et les façons de s'y prendre. L'adulte éclaire, coopère avec l'enfant quand il se perd, le laisse aller quand il avance. Cette forme d'éducation coopérative (dont nous avons déjà parlé dans ce journal) sécurise l'enfant, qui sait jusqu'où il peut aller, le pousse à prendre des initiatives, il s'autonomise, apprend par lui-même, se structure plus tranquillement.  

 

Éduquer 

 

Que nous soyons en famille, à l'école, au stade, au conservatoire, à la paroisse, en vacances… ces remarques sur les jeux possibles entre les cadres, les activités, les attitudes sont valables. Certes ce qu'il s'agit de transmettre est différent, mais si le but est bien que l'enfant "fasse son miel" de ce qu'il vit, apprend, éprouve, alors on peut déformer le proverbe et dire "la façon de transmettre vaut mieux que ce qu'on transmet", si on veut qu'une colonne vertébrale solide permette ensuite à tous les muscles de se développer harmonieusement, au sens figuré comme au sens propre. 

 

Michel SEYRAT.


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